Exode rural et l’immobilier en Chine

On pense souvent que la majorité des Chinois sont ouvriers dans des entreprises exportant leurs produits en Europe ou aux USA. C’est totalement faux. 100 à 150 millions travaillent dans l’industrie, ce qui est au fond une proportion largement inférieure à la population allemande travaillant dans l’industrie par exemple. La population est largement agricole avec 300 à 500 millions d’agriculteurs, sans compter l’essor des services (lire aussi: 10 idées reçues sur la Chine)

La Chine est un pays montagneux et désertique dans sa majorité, et 10% seulement de son territoire est cultivable, ce qui fait que les campagnes sont surpeuplées, avec une surface agricole de 2 hectares par famille en moyenne, 30 à 50 fois moins qu’en France.

Les hukous et l’exode rural

Inutile de dire que les petits agriculteurs sont très majoritairement pauvres et ne rêvent que d’une chose : aller travailler à la ville. Ce phénomène existe dans tous les pays sous le nom de « exode rural ». Dans les pays où cette transition s’est terminée, 80% de la population est urbaine. Or en Chine, 50% de la population est urbaine. Les villes sont donc appelées à grandir de 400 millions d’habitants ces prochaines années.

Pour limiter l’exode rural et contrôler les populations, un système dit hukou permet de contrôler les habitants. En gros, un hukou donne le droit de n’habiter qu’à un endroit donné. On ne peut officiellement déménager qu’en changeant son hukou ce qui s’avère très difficile. Malgré cela, les populations rurales émigrent en masse dans les villes : il s’agit des mingongs, les travailleurs non-officiels. Ils viennent des campagnes vers les grandes villes dans l’espoir d’un meilleur salaire et d’aider leurs proches restés au village.

Ne bénéficiant de très peu de droits sociaux – sans hukou, on ne peut scolariser son enfant, ni avoir accès aux droits sociaux du coin – cette majorité de travailleurs constitue une classe prolétaire bon marché, sur laquelle repose le miracle économique Chinois. Ils jouent le même rôle que les immigrés en Europe, qui venaient faire les boulots durs et mal payés que les locaux refusent de faire.

300 millions de personnes en plus dans les villes Chinoises d’ici 2030.

Malgré ces mauvaises conditions, cela reste malgré tout un sort plus enviable que rester un village, et environ 300 millions de Chinois émigreront dans les villes d’ici 2030. Pour vous faire une idée, cela revient au même que construire :

–  1 arrondissement Parisien tous les deux jours

–  La ville de Lyon tous les 10 jours

–  La ville de Paris tous les 45 jours

Rien qu’à Beijing, la population est passée de 13 millions d’habitants en 2000 à 19 millions d’habitants en 2010, soit 2 000 habitants en plus… tous les jours. La ville atteindrait 23 millions d’habitants actuellement et… 50 millions d’habitants en 2050.

Enjeux immobilier (à Beijing)

Les enjeux immobiliers sont énormes. L’aéroport de Beijing (80 millions de passagers par an, autant que Charles de Gaulle et Orly réunis) devient trop petit, un nouvel aéroport de 120 millions de passagers par an est en projet.

Malgré les 5 autoroutes périphériques de la ville, les embouteillages sont monstrueux, la ville est la plus embouteillée du monde avec Mexico.

Du coup, de nombreux métros sont en cours de construction. Actuellement, il y a 300 km de lignes de métro à Beijing (200 à Paris) et il y en aura… 1000 en 2020.

En 8 ans, Beijing construira l’équivalent de 3,5 fois la totalité des lignes de métro existantes à Paris…

Malgré cela, c’est très insuffisant, et de nombreuses solutions alternatives doivent être trouvées :

–  Bus suspendu qui roulerait au dessus des périphériques de la ville

–  Explosion du nombre de voitures et scooters électriques, plus maniables, moins chère et moins polluantes que les véhicules à essence.

Quand Carlos Ghosn, le PDG de Renault espère que (dans le meilleur des cas) 10% des véhicules seront électriques en France (soit 3 millions de véhicules), il y a déjà… 100 millions de véhicules électriques en Chine… 30 fois plus aujourd’hui que les prévisions de Ghosn, jugées trop optimistes en France…

Petite parenthèse sur les énergies renouvelables

Bien que 75% de l’électricité Chinoise soit produite au charbon, le pays devient de plus en plus écolo. Pas par plaisir, mais par nécessité. Il n’y aura pas assez de pétrole pour 1,3 milliards de Chinois, sans compter la pollution à des niveaux inquiétants dans de nombreuses villes. A Paris, quand on atteint 50 ou 100 de particules fines, une alerte est déclenchée. A Beijing, les niveaux peuvent dépasser les 500.

Bilan : les industries lourdes sont forcées de quitter Beijing pour aller plus loin, les 4 centrales au charbon présentes dans la ville seront remplacées par des centrales à gaz à haut rendement, les méga-barrages se construisent : 3 gorges (l’équivalent de 20 réacteurs nucléaires), explosion de l’éolien, plus de 100 millions de véhicules électriques roulent déjà en Chine, leader mondial de l’éolien et du solaire, chauffe-eaux solaires sur les constructions neuves… Je pense objectivement que les Chinois et les Américains seront en passe de devenir les leaders dans le domaine et qu’on devrait davantage investir dans le domaine en Europe. Fin de la prenthèse.

 

Flambée des prix immobiliers

Outre les grands projets de travaux publics, la demande en logement explose dans les grandes villes Chinoises, faisant exploser les prix à un niveau énorme. Il faut compter 30 ans de salaire moyen pour un couple pour acquérir une maison à Shanghai ou à Hong-Kong. C’est un peu comme si un logement pour une famille coûtait 1,2 à 1,6 millions d’euros en France, pour vous rendre compte de la chèreté des logements par rapport au prix de l’immobilier local. La situation est extrêmement compliquée et problématique. Explications.

Rôle de l’Etat dans l’immobilier

Historiquement, l’Etat Chinois possédait tout en Chine. Usine, terrains, maisons… C’est moins vrai aujourd’hui, mais l’Etat Chinois possède encore la majorité des terrains disponibles. Jusque 50% des revenus des provinces vient de la vente de terrains pour la construction.

Les Etats ont donc tendance à laisser les prix s’envoler… mais un retournement du marché serait énorme. Regardez ce qui s’est passé en Espagne lors de l’explosion de la bulle immobilière… En Chine, c’est la même chose, mais en pire, avec juste 30 fois plus d’habitants… La situation est explosive.

D’un côté, le gouvernement Chinois va construire des nouveaux logements et des villes nouvelles qui demeurent vide car trop chers – c’est l’exemple de la ville nouvelle d’Ordos, une ville nouvelle de 1 million d’habitants aujourd’hui ville fantôme – et de l’autre, la majorité des Chinois peinent à se loger… ce qui pose de nombreux problèmes :

–  Problèmes sociaux : ce n’est jamais bon qu’il soit difficile pour la majorité de la population de se loger

–  Problèmes démographiques : la vie coûte si cher que les Chinois ont peu d’enfants (0,99 enfants par femme même à Hong-Kong où n’existe pas la politique de l’enfant unique) ce qui pose de nombreux enjeux comme vous pouvez le voir dans cet article

D’un côté, l’Etat Chinois bénéficie de la hausse des prix de l’immobilier – via les ventes de terrain – mais de l’autre, l’éclatement de la bulle immobilière serait désastreuse sur l’économie du pays et sur le pouvoir du parti communiste – le consensus social veut que l’Etat apporte au moins 8% de croissance par an, minimum nécessaire pour créer des emplois en nombre suffisants.

La situation immobilière est un peu comme l’automobile en chine. D’un côté, il faut que les Chinois achètent des voitures pour assurer de la croissance économique, mais de l’autre, le gouvernement souhaite éviter au maximum que les gens utilisent leur voiture car cela pose des problèmes de pollution, d’où un système étonnant comme à Beijing de quotas+loterie pour avoir le droit d’acheter une voiture + interdiction de rouler un jour par semaine + taxe énorme à l’achat d’un véhicule… Les paradoxes d’une économie à la croissance débridée ne manquent pas.

Objectif : moins de croissance

Quand les pays développés ne rêvent que d’augmenter leur taux de croissance, c’est le contraire en Chine. Les années de croissance forte (jusque 2008, jusque 12% par an) a entraîné des bulles (immobilières…) qui se sont accentuées depuis, car pour éviter la crise, l’Etat Chinois a dépensé 586 milliards de dollars en plan de relance… principalement investis dans l’immobilier, augmentant encore la spéculation…

Du coup l’Etat Chinois souhaite un atterrissage en douceur des prix de l’immobilier et de l’économie et se fixe comme objectif de diminuer d’un pourcent le taux de croissance annuel, à 7,5% par an, sorte de compromis entre surchauffe économique et récession (en dessous de 7% de croissance, la Chine est techniquement en récession). Ce qui passe aux yeux de problème de riche (vouloir moins de croissance) est une nécessité en Chine.

Conclusion

Economie, démographie, immobilier, les enjeux de société en Chine sont tous imbriqués les uns les autres, et aucune solution miracle n’existe. Face à l’exode rural le plus important de l’histoire de l’humanité qui est en cours et durera au moins jusqu’en 2030, la Chine doit à la fois (liste non-exhaustive)

–  Assurer suffisamment de croissance pour créer des emplois en nombre suffisant mais pas trop pour permettre à l’économie d’atterrir en douceur et éviter les crises type crise espagnole

–  Pour lutter contre le manque de femmes et le vieillissement de la population, il faudra remettre en cause la politique de l’enfant unique…

–  La Chine s’est développée rapidement grâce au commerce extérieur. Face à l’anémie de ses partenaires commerciaux (Europe, USA), la Chine devra recentrer son économie sur son marché intérieur… Or, face à l’absence d’un État Providence, les Chinois épargnent 50% de leurs revenus (France : 17%, USA <5%). Des réformes majeures (retraites, santé) devront être faites pour inciter les Chinois a davantage consommer.

Pour continuer de se développer, deux enjeux majeurs restent entiers :

–  La main d’œuvre Chinoise devient de plus en plus chère, et les industries types textile désertent en masse la Chine, devenue bien trop chère. La Chine devra donc apprendre à monter en gamme, et innover pour remonter la chaîne de valeur. Bref, entrer en concurrence directe avec les pays riches.

–  La Chine représente 20% de la population, mais 5% de la consommation de matières premières dans le monde. A long-terme, la Chine devra contrôler 20% des matières premières dans le monde (logique)

D’où des achats de mines, de terrains agricoles, de ports un peu partout dans le monde… Mais les ressources n’étant pas infinies, la Chine entre donc de plus en plus concurrence avec les pays riches… sans compter l’enjeu du développement durable. La Chine de par son poids démographique est numéro 1 des énergies renouvelables… mais aussi n°1 pour la consommation de charbon dans le monde.

– Manque de femmes
– Vieillissement de la population
– Chômage de masse
– Montée en gamme de l’économie
– Plus grand exode rural de l’humanité
– Compromis entre surchauffe économique et récession
– Accès aux matières premières
– Recentrage nécessaire de l’économie autour du marché intérieur
– Pollution et développement durable

Les enjeux auxquels est et sera confronté la Chine sont énormes. On se donne rendez-vous dans 10 ans pour écrire la suite de cet article et faire un petit bilan de ce qui s’est passé?

 

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One Response to “Exode rural et l’immobilier en Chine”

  1. Article très complet et super intéressant !

Répondez au commentaire de Zaath@Art de Berlin